Conseiller communal à Saint-Josse
Carte blanche, le soir 02 juin 2008
Trithérapie préventive : il est urgent de créer un fonds financier
Aïcha Bahrollatifi Etudiante en formation d'assistante sociale Ahmed Mouhssin Conseiller communal à Saint-Josse (Écolo)
Régulièrement, la presse se fait le relais d'incidents impliquant des enfants se piquant avec une seringue en jouant dans quelque parc public, et de l'angoisse de leurs parents à l'idée d'une éventuelle contamination par le virus du sida (VIH).
Chaque jour, sept femmes sont violées dans notre pays. En plus de la violence physique et morale que doivent supporter les victimes de ces actes barbares, ces agressions sexuelles peuvent les exposer aux risques d'une contamination par le VIH.
En Belgique, les personnes exposées accidentellement au virus du sida et les victimes d'un viol ne bénéficient qu'exceptionnellement d'un traitement antirétroviral post-exposition. Ce traitement préventif permettrait pourtant de réduire considérablement le risque de transmission du virus du sida. Les médecins ne peuvent, malheureusement, qu'inviter les victimes à patienter six mois en espérant qu'elles ne soient pas contaminées. Certaines équipes médicales en sont réduites à se rabattre sur la générosité des laboratoires pharmaceutiques ou à récolter des fonds de boîtes de médicaments auprès de leurs patients séropositifs pour offrir des trithérapies préventives aux victimes de viol.
On est en droit de se demander pourquoi ces traitements préventifs ne sont pas proposés à ces patients. À la Chambre des Représentants, lors de la Commission de la Santé publique du 5 octobre 2005, la députée Mme Zoé Genot (Écolo, NDLR) a interrogé le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, M. Rudy Demotte (PS), sur le sujet. La réponse du ministre était la suivante : « Pour les mesures d'urgence, l'efficacité scientifique n'étant pas garantie, elles ne sont pas encore remboursées par l'assurance-maladie invalidité. Mais la disponibilité des molécules, au prix déjà indiqué, dans les pharmacies est confirmée. »
Si la disponibilité des médicaments en pharmacie est une réalité, le prix d'un traitement de 28 jours est de plus de 1.000 euros, non remboursés par l'assurance-maladie. Cela rend le traitement hors de prix pour la majorité des victimes. De plus, celles-ci sont rarement informées de la possibilité de suivre une trithérapie préventive. Concernant les doutes émis par le Ministre sur l'efficacité scientifique du traitement préventif, il est bon de rappeler qu'en Belgique, les personnels médicaux blessés par une seringue infectée ou touchés aux yeux par des éclaboussures de sang contaminé dans le cadre de leur travail bénéficient d'un traitement à titre préventif contre le VIH. Aux États-Unis, le centre de contrôle et de prévention des maladies infectieuses (CDC) recommande que toute personne exposée au virus du sida (accidentellement ou victimes de viol), puisse recevoir une trithérapie préventive dans les 72 heures de l'exposition au virus du sida. En France, depuis 1998, une trithérapie antirétrovirale est systématiquement proposée aux victimes en cas d'agression sexuelle datant de moins de 48 heures ou en cas d'exposition à une situation à risque avec une personne séropositive (blessure accidentelle avec un objet souillé de sang, rapport sexuel non protégé, préservatif percé, échange de seringue…).
Il est donc urgent que les autorités politiques s'inspirent des mesures d'urgence de nos voisins français. Il faudrait qu'en cas de viol ou d'incident dû à une seringue contaminée, un
traitement gratuit soit proposé aux patients si le médecin l'estime nécessaire. Il est urgent de créer un fonds financier alimenté par le ministère de la Justice et de la Santé qui permettra l'approvisionnement des pharmacies et des hôpitaux en médicaments nécessaires aux trithérapies. Il apparaît indispensable que soit diffusée une information sur les risques d'infection VIH à destination des victimes d'agressions sexuelles.